Napoléon et Montpellier

Jean-Jacques de Cambacérès

1753-1824. Né à Montpellier,
archichancelier de Napoléon, auteur du code civil en 1804.
1753 : Naissance à Montpellier de Jean-Jacques Régis de Cambacérès.
1791 : Achat du Château de Saint-Drézery.
1793 : Élu Président du comité de Défense Générale et de Salut Public,
Cambacérès présente son premier projet de Code Civil à la Convention.
1796 : Élu Président du Conseil des Cinq-Cents.
1799 : Cambacérès devient Second Consul de la République.
1804 : Vote et promulgation des 36 projets de loi composant le Code Civil.
1815 : Pendant les Cent-Jours, Cambacérès est nommé Archichancelier de l’Empire
et Ministre de la Justice.
1816 : Exil à Bruxelles.
1824 : Décès de Cambacérès à Paris des suites d’une attaque d’apoplexie.
Homme de loi, le Montpelliérain Jean-Jacques Régis de Cambacérès fut l’un des
grands collaborateurs de Napoléon. Ensemble ils ont conçu le Code Civil toujours
en vigueur de nos jours. Le droit est une spécialité montpelliéraine à travers
les siècles.
La famille Cambacérès était de noblesse de robe : elle comptait trois
générations de magistrats. Après de brillantes études, littéraires et
juridiques, au collège d’Aix-en-Provence, il s’installe à 19 ans, comme avocat à
Montpellier. Il se retrouve seul : sa mère est morte, son frère est au
séminaire, son père est accaparé par sa charge de maire
de Montpellier. Installé comme avocat à Montpellier, Jean-Jacques Régis ne
semble pas avoir
plaidé beaucoup ; il se consacre à l’étude des lois et passe ses soirées au
théâtre. En 1774, Jean-Jacques Régis succède à son père dans la charge de
conseiller à la Cour des Comptes. Pendant quinze ans, il travaille beaucoup et
il prend l’allure sévère et solennelle qu’il gardera toute sa vie. En politique,
il adopte les idées nouvelles qui annonçaient la Révolution de 1789. Notamment,
il est initié à la loge maçonnique des Amis fidèles et y introduit son ami
Chaptal. La Révolution arrive : en mars 1789,
Cambacérès participe à la désignation des délégués de la province aux
Etats-Généraux, dans les rangs de la noblesse; le 5 février 1790, il est parmi
les fondateurs de la «Société des Amis de la Constitution et de l’Egalité de
Montpellier» ; en 1791, il achète un bien national, le domaine de Saint-Drézery,
dans le canton de Castries, près de Montpellier. Elu député de l’Hérault à la
Convention Nationale, Cambacérès se rend à Paris, où il vit modestement au 3e
étage d’un appartement proche du célèbre café Procope. Cambacérès est alors
chargé par la Convention de préparer un projet de Code Civil. Avant 1789, la
législation civile française n’était pas unifiée : dans l’ancien droit, on
distinguait traditionnellement les pays de droit écrit et les pays de droit
coutumier. Au Sud d’une ligne partant de Rochefort et aboutissant à Genève,
c’est-à-dire dans les régions du Rhône, de la Dordogne et de la Garonne, on
appliquait des lois civiles inspirées du droit romain, tel qu’il résultait de la
codification byzantine ordonnée par l’empereur Justinien. On était en pays de
droit écrit. Au contraire, au Nord de cette ligne, dans les régions de la Loire,
de la Saône et de la Seine, «de poste en poste, disait Voltaire, on changeait de
jurisprudence en changeant de chevaux»: On était en pays de coutume. Il existait
environ 60 coutumes générales et plus de 300 coutumes locales. L’unification de
tant de lois diverses avait séduit bien des esprits comme Louis XI et Colbert,
mais la réforme n’avait pas été réalisée. Un même code pour tous les Français
Sous la Révolution, de profondes mutations
juridiques engendrées par la suppression des privilèges avaient lieu :
l’institution du divorce, la suppression de la séparation de corps,
l’assimilation des enfants naturels aux enfants légitimes, la création de
l’adoption, la sécularisation du mariage et de l’état civil, la publicité des
hypothèques. Il fallait codifier et rédiger un Code Civil applicable à tous les
Français. C’est ainsi que Cambacérès se mit au travail. La Convention trouvait
le projet de Cambacérès encore trop marqué par les préjugés des hommes de loi.
Aussi, peu après les événements de Thermidor, il présente à la Convention en
1794 un deuxième projet bref et succinct. Le projet est renvoyé devant une
Commission, où il s’enlise, deuxième échec. C’est sous le Consulat que le projet
de Code Civil aboutira. Après Marengo, Bonaparte avait dit à Cambacérès nommé
Second Consul : «Vous avez fait plusieurs codes ; ne pensez-vous pas qu’il
faudrait les refondre et de présenter au Corps Législatif un projet à la hauteur
des idées du siècle et digne du gouvernement ?» En 1801 la refonte était
réalisée, puis discutée au Conseil d’Etat. Cela durera quatre ans. Bonaparte ne
ménagea pas sa peine pour faire aboutir ce projet que ni les Rois, ni la
Révolution n’avaient pu réaliser. Napoléon était très fier de ce Code Civil des
Français qui devait, en 1807, prendre la dénomination de «Code Napoléon». Il
dira à Sainte-Hélène : «Ma vraie gloire, ce n’est pas d’avoir gagné quarante
batailles ; Waterloo effacera le souvenir de tant de victoires. Ce que rien
n’effacera, ce qui vivra éternellement, c’est mon Code Civil». Mais, conscient
des évolutions qui s’annonçaient, Napoléon disait également : «Il faudra le
refaire dans trente ans», ce que l’on ne fit pas.
Montpellier Agglomération • HARMONIE N° 241 • Juin 2007 • www.montpellier-agglo.com
Charles BONAPARTE
Mort du père de Napoléon Rue de Verdun et rue du Cheval Vert. C’est dans
l’un des temples du rock, le Rockstore ( qui fut
autrefois le cinéma l’Odéon où l’on projeta en 1928 le chef d’œuvre d’Abel
Gance « Napoléon ») qu’était enterré en 1785
Charles Bonaparte, le père de Napoléon. À l’époque, le lieu était une église,
celle de l’Observance. Charles Bonaparte a en effet séjourné trois mois à
Montpellier rue du Cheval Vert, près de Saint-Denis, pour soigner un ulcère. Par
la suite le corps fut transporté à Saint Leu, près de Paris, puis en 1951, à
Ajaccio, où il repose à côté de sa femme Lætitia. Charles Bonaparte mourut en
à Montpellier, où il était venu pour se faire traiter d’un squirre à l’estomac.
C'est à la suite de témoignages irrécusables, que Charles Bonaparte séjourna et
mourut dans une petite maison hors des murs de la ville, Pendant son séjour à
Montpellier, Louis Bonaparte fut très entouré par ses amis d'abord, par
certaines notabilités de la cité paroisse également, en 1784, de Charles
Bonaparte, à quelques pas de la maison où celui-ci avait rendu le dernier
soupir.
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HARMONIE N° 234 • Novembre 2006 • www.montpellier-agglo.com
Charles Bonaparte avait quelque fortune, mais elle fut presque réduite à rien
par de fausses entreprises et par l'injustice des Jésuites. Lui-même nous
apprend ces circonstances dans une requête qu'il adressa dans le temps à M. de
Ségur. Nous allons en donner un extrait, où l'on verra quel cas Charles faisait
de son fils Napoléon.
MOWSKIGNEUR , «
Charles Bonaparte , d'Ajaccio en Corse , réduit à l'indigence par l'entreprise
du desséchement des salines, et par l'injustice des Jésuites, qui lui enlevèrent
la succession adonne, à lui dévolue, et affectée aujourd'hui à l'instruction
publique, a l'honneur de
vous représenter que son fils cadet (Napoléon) se trouve depuis six ans à
l'école royale militaire de Brienne; qu'il s'y est toujours comporté d'une
manière distinguée, comme il vous est aisé, Monseigneur,de le connaître en vous
faisant rapporter ses notes. »
II terminait en suppliant le ministre de placer son cadet, de recevoir élève du
gouvernement son troisième fils (Lucien ), alors élève du collége de Brienne,
aux frais du suppliant, lequel n'avait plus les moyens de contribuer à sa
pension.
Charles Bonaparte mourut le 24 février 1 7 85, à l'âge d'environ trente-neuf
ans. Depuis long•temps il était malade : il avait éprouvé quelque soulagement
dans un voyage à Paris; mais il succomba dans une seconde attaque à Montpellier,
où il fut enterré dans un des
couvens de cette ville. Un procès-verbal de l'ouverture de son corps constate
qu'il mourut d'un cancer à l'estomac, et décrit les effets occasionnés parcelle
maladie. Cette pièce, datée du 25 février 1786, et signée par quatre médecins,
est, dit-on, en ce moment,
entre les mains de M. le professeur Dubois. Charles Bonaparte n'avait été rien
moins que dévol, et il s'était même permis quelques poésies antireligieuses.
Toutefois, il mourut avec des sentimens de piélé, et entouré des secours de la
religion. Prêt à expirer, et bien que Joseph Bonaparte fût près de lui, il ne
soupirait, dans son délire, qu'après Napoléon , qui était au loin à son école.
Il l'appelait sans cesse pour qu'il vînt à son secours avec sa grande épée. (1)
Sous le consulat, les notables de Montpellier, par l'organe de leur compatriote
Chaptal, ministre de l'intérieur, firent prier le premier consul de permettre
qu'ils élevassent un monument à la mémoire de son père. Napoléon refusa. « Ne
troublons pas, dit-il, le «repos des morts ; laissons leurs cendres en paix.
J'ai «perdu aussi mon grand-père, mon arrière-grand- (1) Voici l'acte de décès
de Charles Bonaparte : «L'an 1785 et le »4 février, est décédé messire Charles
Buonaparte, mari de dame Laetitia de Ramolini, ancien député de la noblesse des
États de Corse à la cour, âgé d'environ trente-neuf ans.
Registres de la paroisse de Saint-Denis de Montpellier. «
Signe MARTIN , curé. » «père : pourquoi ne ferait-on rien pour eux ? Cela «mène
loin. Si c'était hier que j'eusse perdu mon «père, il serait convenable et
naturel que j'accom- «
pagnasse mes regrets de quelque haute marque deu respect; mais il y a vingt ans.
Cet événement est « étranger au public : n'en parlons plus. » Depuis , Louis
Bonaparte , à l'insu de Napoléon , fit exhumer le corps de son père , et le fit
transporter à Saint-Leu, où il lui consacra un monument.
Ayant essayé en vain de faire entrer Joseph à l'école militaire sans concours, il rentre en Corse et le ramène avec lui. Dès le mois de janvier suivant, il effectue son dernier voyage, en compagnie de son aîné. En arrivant à Marseille, il va prendre des soins auprès du docteur Turnatori qui lui conseille d'aller à Montpellier, faculté de médecine réputée. Les médecins diagnostiques une tumeur au pylore, inopérable. Il meurt le 24 février 1785 en présence de son fils et de Joseph Fesch. Ainsi disparaît à trente-neuf ans cet homme aimable, ambitieux, souple, quelques fois léger, qui s'est battu pour élever correctement ses enfants. Il est enterré dans l'église des Cordeliers de la ville. Son père Charles Bonaparte, est mort le 24 février 1785 à Montpellier. Bonaparte dans les jours qui suivent l’annonce du décès, se montre encore plus acharné au travail. Il y noie sa douleur. Il impose silence à Alexandre Des Mazis, qui veut le consoler. Il dit simplement que sa réussite est plus nécessaire encore. Il doit être officier dès septembre. Elève ? Il n’est plus temps. Sous-lieutenant d’emblée, voilà l’obligation.
En effet, en cas de cancer de l'estomac, une tumeur finit par obturer le pylore et les aliments ne peuvent plus passer dans l'intestin. Le malade meurt d'inanition dans un état de maigreur squelettique. Ceci fut vrai pour Charles Bonaparte, décédé à Montpellier le 24 février 1785 et dont le procès-verbal d'autopsie signale la présence "d'une tumeur très rétinente de la longueur et du volume d'une grosse patate [sic]" qui bouchait totalement l'orifice de sortie de l'estomac.
Un hôte célèbre du 20 de la rue de Verdun : le père de Napoléon, Charles Bonaparte y résida. Il y meurt en 1764 et on l’enterre… au Rockstore à côté des moines.
Deux sources alimentent le site, le Martinet destiné à arroser le Golf et la
Valadière, source d’eau chaude, dont les vertus bienfaisantes furent exploitées
par les Romains. Quelques années avant sa mort, en 1780 Charles Bonaparte, père
de Napoléon, se fit soigner à Fontcaude. Des gens célèbres, comme la princesse
de Holstein Glucksbourg ou, plus tard, l’écrivain Prosper Mérimée ont également
pris les eaux dans la station, et les curistes de Montpellier n’hésitaient pas à
s’y faire conduire en omnibus à chevaux.
Pour des raisons financières, la station, ouverte en 1845 dut fermer ses portes
quelque dix ans plus tard. J"S Charles Bonaparte,
un des •"
ges de cette île, que le mauvais état de sa santé obligea bientôt à chercher une
température plus douce dans le midi de la France ; il mourut à Montpellier
quelques années après.
Laure Junot, duchesse d’Abrantes

une vie d’aventures
«Cette femme a vu Napoléon enfant, elle l’a vu jeune homme encore inconnu, elle
l’a vu occupé des choses ordinaires de la vie, puis elle l’a vu grandir,
s’élever et couvrir le monde de son nom ! Elle est pour moi comme un bienheureux
qui viendrait s’asseoir à mes côtés, après avoir vécu au ciel tout près de Dieu
! ». Ainsi parlait Honoré de Balzac de Laure Junot, duchesse d’Abrantès.
1784 : Naissance à Montpellier
1800 : Mariage avec le Général Junot
1830 : Début de la publication de ses Mémoires
1836 : Mort de Laure d’Abrantes dans une mansarde
Il est vrai que peu d’existences composent un roman d’amours et d’aventures
aussi mouvementé que celle de Laure Permon, duchesse d’Abrantès. La mère de
Laure avait pour amie d’enfance une certaine Laetitia Ramolino. La première
épouse Charles Permon, receveur des finances à Montpellier, l’autre se lie à
Charles Bonaparte. Les deux familles sont très proches. C’est dans les bras de
Permon que Charles Bonaparte va mourir à Montpellier, le 27 février 1785. Plus
tard, le couple débarque à Paris. Bientôt, c’est la Révolution.
La fillette assiste à des scènes qui vont rester dans sa mémoire comme la
procession des députés aux États généraux. En 1792, elle assiste,
horrifiée, à l’exécution de la princesse de Lamballe. Il faut fuir les
persécutions, la famille se réfugie à Toulouse. La Terreur passée, la mère de
Laure ramène ses enfants à Paris. Elle tient salon, à l’hôtel de la
Tranquillité. C’est là que les Corses de Paris se retrouvent, et jouent. Parmi
eux,l’un d’eux vient assez souvent : c’est l’un des fils de Charles Bonaparte.
Il est devenu célèbre ausiège de Toulon. Son nom : Napoléon Buonaparte. Laure se
souviendra toute sa vie de ces rencontres et de l’aspect que le futur empereur
avait alors : osseux, jaune, maladif, les traits anguleux et pointus encadrés
par des « oreilles de chien ». Sous le Directoire, des fêtes célèbrent les
victoires des armées françaises en Italie. Au palais du
Luxembourg, un jeune chef de brigade apporte les drapeaux conquis là-bas. Son
nom : Junot.
C’est un fidèle de Bonaparte. La grande duchesse d’empire Pour Laure, qui vient
d’avoir 16 ans, c’est le tournant de sa vie. Après bien des négociations, c’est
le mariage avec le commandant de la place de Paris, le général Junot, âgé de
vingt-neuf ans. Il est grand, blond avec de doux yeux bleus, splendide dans son
uniforme rutilant, chamarré d’or.
Les Junot font partie de l’entourage immédiat du Premier Consul. Fin 1804, c’est
l’Empire. Pour Junot, le modeste compagnon de Toulon, les honneurs se succèdent
: général de division, colonel général des hussards, premier aide de camp de
l’Empereur, grand-croix de la Légion d’Honneur, ambassadeur au Portugal,
gouverneur général de Paris et enfin, duc d’Abrantès. Mais Junot a de nombreuses
liaisons. Le drame n’est pas loin. Junot se lie avec la soeur de l’empereur,
Caroline Murat. De son côté, Laure s’entiche de Metternich, ce qui est loin
d’être du goût de Napoléon ! Le 13 janvier 1810, à l’issue d’une soirée donnée
chez Caroline, Junot fait à Laure une scène terrible, manquant même de
l’étrangler. Napoléon intervient : la duchesse doit suivre son mari en Espagne,
où il va faire campagne. Laure, enceinte,manque de se faire enlever à Salamanque
par le célèbre bandit don Julian. Bientôt, Junot part batailler en Russie. Début
de 1813, Junot reparaît, méconnaissable. C’est une ruine, un vieil homme,
hébété, voûté, abîmé de rhumatismes, s’appuyant sur une canne. Napoléon le nomme
gouverneur de Venise. C’est là qu’il devient fou ; il ira mourir
en Bourgogne, chez son père. Laure est veuve,elle a vingt-neuf ans, quatre
enfants à élever, et 1 400 000 francs de dettes. Loyalement, énergiquement, elle
les paiera, faisant feu de toutes ses ressources. Quand la duchesse avait pour
“nègre“ Balzac L’Empereur tombé, elle se venge de lui criant « Vive le Roi ! »
Elle s’installe à Versailles, rue de Montreuil, près de la barrière. C’est là
que commence sa liaison avec Balzac. Pourtant, elle n’a plus la beauté de jadis.
Une correspondance commence. Il donne à Laure des conseils, et l’encourage à
publier ses Mémoires. Une étrange collaboration s’entame : il écrit des
chapitres entiers des Mémoires. Pourtant, la situation financière de Laure
va bientôt aller en se dégradant. Les difficultés s’amoncellent. D’autant
qu’Honoré lui a préféré la duchesse de Castries, puis Madame Hanska. La misère
menace. Bien que malade, Laure écrit, de son lit, d’une plume que rien n’arrête.
Mais elle doit se battre avec l’éditeur, pour lui arracher l’argent qu’il doit.
Courageuse, face au monde, elle rit, fait de l’esprit, continue à jouer la
comédie de salon. Elle est alors celle que Théophile
Gautier appelle : la duchesse d’Abracadabrantès. Cette bonne humeur feinte est
désespérée. Une jaunisse se déclare. Elle meurt le 7 juin 1838, sur un grabat,
dans une mansarde.
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• HARMONIE N° 256 • Novembre 2008 • www.montpellier-agglo.com
ALBINE DE MONTHOLON

LE DERNIER AMOUR DE NAPOLÉON À SAINTE-HÉLÈNE
ALBINE DE MONTHOLON
Intrigante, sentimentale, séductrice, Albine de Montholon fut le dernier coup de
coeur de Napoléon, en exil à Sainte-Hélène. Aujourd’hui, son corps momifié
repose à Montpellier dans la crypte des Pénitents bleus.
AU DÉBUT DE JUILLET 1809, LE PLATEAU DE LONGWOOD EST NOYÉ DANS LA BRUME. Il
pleut sur l’hiver austral. Sainte-Hélène semble fl otter comme une île fantôme
perdue au milieu de l’Atlantique Sud. Albine de Montholon monte avec ses enfants
dans une calèche. Elle jette un dernier regard. A l’une des fenêtres de
l’appartement de l’Empereur un rideau s’est levé. Une ombre la regarde.Le canon
tonne pour annoncer le coucher du soleil.Les sentinelles se mettent en place.
Comme chaque soir, la geôle se referme sur son illustre prisonnier. Etrange
destin que celui de cette femme, exilée volontaire avec son mari et ses enfants
sur une île perdue, aux côtés d’un empereur déchu. Issue de la petite noblesse
de province,
Albine de Vassal naquit à Paris en 1779. Son père, le marquis de Vassal est
receveur général des fi nances du Languedoc-Roussillon. Durant la révolution,
Albine vit recluse
avec sa famille dans leur château de la Fertelle, près de Montpellier. Son père
est arrêté, soupçonné d’avoir favorisé la fuite du roi. Il échappe de peu à la
guillotine. A sa libération, c’est un homme brisé. Il meurt en 1795. Albine a
quinze ans. La famille fait alors la connaissance de Jean-Pierre Bignon, un
séduisant spéculateur. Albine croit reconnaître le prince charmant et l’épouse.
Elle n’a que seize ans. La famille pense trouver un remplaçant au chef de
famille, mais l’illusion ne sera que de courte durée. Albine divorce rapidement,
perdant dans l’aventure une grande partie de sa fortune.
Elle est traumatisée, mais tente de se consoler. Quatre ans à Saint-Hélène A
vingt ans, c’est une femme séduisante, blonde, aux yeux clairs et au charme
ravageur. Elle le sait
et en joue. En 1800, elle épouse en secondes noces un banquier suisse, Daniel
Roger. Celui-ci s’occupe plus de ses affaires que de sa femme. Aussi, Albine qui
a trente ans se laisse courtiser et s’adonne aux plaisirs de l’adultère. Le
couple divorcera en 1809. Cette année-là, elle rencontre Charles Tristan de
Montholon de quatre ans son cadet, un noble de l’ancien régime. C’est le coup de
foudre dès la première rencontre. En 1815, lorsqu’il rejoint Napoléon déchu,
Montholon n’a plus rien à perdre. Il est ruiné, poursuivi par la justice. Louis
XVIII promet d’étouffer l’affaire à condition que Montholon suive Napoléon
en exil, afi n de recueillir des informations sur un retour éventuel de
l’Empereur. Albine, quant à elle a une bonne raison d’haïr Napoléon : l’Empereur
a refusé son mariage avec Montholon, au prétexte qu’elle avait déjà divorcé deux
fois. Elle se sent humiliée. Mais Montholon ne tiendra pas compte de ce refus...
C’est une femme rancunière qui fera équipe avec son mari, car le couple espère
tirer des avantages matériels. Albine séjournera plus de quatre ans à
Sainte-Hélène partageant l’intimité de Napoléon. Vive, joueuse, aguicheuse, elle
ne se plaint jamais. Napoléon est séduit, elle devient sa maîtresse. Elle repose
dans la crypte des Pénitents bleus de Montpellier «L’Empereur témoigne un grand
regret à ton
départ. Ses larmes ont coulé pour toi peut-être pour la première fois de sa
vie», lui écrit son mari. Après deux mois de traversée, Albine rejoint
l’Angleterre. Elle ne peut débarquer, elle est refoulée vers la Belgique. La
petite Joséphine, sa fi lle de moins de 2 ans, décède, fatiguée par un si long
voyage. Vers la fi n du mois d’août 1821, Albine et ses enfants retrouvent
Charles à Londres au bout de deux ans de séparation. A quarante ans passés, usée
par les souffrances et les épreuves, Albine a vieilli. Ils ne se reconnaissent
plus et leurs routes divergent. Charles va collectionner les conquêtes et les
ennuis. Il est sur la pente d’une lente dérive.Des investissements hasardeux
entraînent la faillite. Pour échapper à la prison pour dette, il se réfugie en
Suisse. Albine, ruinée, se réfugie
à Montpellier où elle a gardé de nombreuses attaches familiales. Confite en
dévotion, Albine meurt en mars 1848 au cours d’un bal donné en l’honneur de ses
petits-enfants. Son corps embaumé fut déposé dans la crypte de la Chapelle des
Pénitents bleus de Montpellier dans l’attente des ordres de Charles, qui ne
viendront jamais. On dit qu’Hitler avait donné l’ordre en 1944 de faire
transférer le corps d’Albine aux Invalides près de celui de Napoléon. Ce qui ne
fut pas fait. Placé dans un cercueil au couvercle de verre, celle qui fut le
dernier amour de Napoléon est aujourd’hui une momie ratatinée. Sur une plaque
gravée, une phrase sibylline luisert d’épitaphe : « A Longwood erre encore son
sourire Ici elle repose dans la grande paix de Dieu ».
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HARMONIE N° 245 • Novembre 2007 • www.montpellier-agglo.com
Jean-Antoine Chaptal

1756-1832. Chimiste (enseigneà Montpellier) et homme politique sous Bonaparte,
qui mit au point la chaptalisation des vins.
l'École spéciale de pharmacie de Montpellier
Les débuts de l'École spéciale de pharmacie de Montpellier - Après la Révolution
française, suite à des abus patents, Napoléon va faire promulguer la loi du 11
avril 1803 (21 germinal an XI) qui va créer une École spéciale de pharmacie à
Montpellier en même temps qu'à Paris et à Strasbourg. L'établissement sera
l'ancien collège royal de médecine, et les premiers professeurs les maîtres
apothicaires de la ville. Des savants comme A.J. Balard et J.E. Planchon vont
illustrer cette école par la suite. Malgré des débuts difficiles, un hommage est
rendu aujourd'hui à ces gestionnaires et à ses premiers professeurs de pharmacie
sur lesquels Napoléon et son ministre Chaptal avaient fondés tant d'espoir.
L'École de pharmacie est crée en 1803. Montpellier, qui possédait déjà de longue
date une faculté de médecine mais également une Société royale des sciences
réputée, créée en 1706, voit s’ouvrir en 1810 une faculté des sciences dotée au
départ de sept chaires : mathématiques transcendantes, astronomie, physique,
chimie, zoologie, botanique, minéralogie.
Joseph Cambon

1756-1820. Né à Montpellier, Membre de la Convention sous la Révolution
française.
Paul-Joseph Barthez

Illustre médecin montpelliérain du XVIIIe siècle. Paul-Joseph Barthez élabora
une doctrine médicale, le vitalisme, qui fera autorité pendant un siècle. À
l’occasion du bicentenaire de sa disparition, portrait de cet esprit autant
admiré que décrié.
Barthez, un monstre sacré de la médecine montpelliéraine
La théorie du vitalisme assure à Paul-Joseph Barthez une notoriété considérable.
Cette doctrine médicale sera prédominante à la faculté de Montpellier durant
tout le XIXe siècle.
«Quand je médite seul sur la science en général et sur celle que je cultive en
particulier, je me sens confondu, humilié et je me prosterne (...).Mais quand je
suis à la faculté ou dans d’autres réunions, alors je me compare aux autres et
je ne tarde pas à me consoler et à me redresser ». Cette réponse de Paul-Joseph
Barthez à un interlocuteur qui lui reprochait sa superbe, dénote bien
l’incommensurable orgueil du chancelier de l’université de médecine de
Montpellier. Il n’en demeure pas moins qu’il fut l’un des grands esprits de son
temps. Un philosophe au caractère difficile Né à Montpellier le 11 décembre
1734, Paul-Joseph Barthez est le fils d’un ingénieur de la province du
Languedoc, savant et écrivain.
Orienté tout d’abord vers la prêtrise, il change d’avis et s’inscrit à
l’université de médecine de Montpellier où il obtient son doctorat en 1753.
L’année suivante, il gagne Paris et s’engage comme médecin ordinaire des armées,
afin d’observer une épidémie qui décime les régiments du Cotentin.Ayant
contracté le typhus, il abandonne la carrière militaire et rejoint la capitale
pour quelques mois.Barthez fréquente les cercles littéraires et se lie d’amitié
avec le philosophe Jean d’Alembert. Ce dernier lui demande de participer à
l’aventure de L’Encyclopédie. Le jeune Montpelliérain est l’auteur de plusieurs
articles,notamment “Evanouissement” et “Femme”. Elu en 1758, membre de la
Société royale des Sciences de Montpellier, Barthez en démissionne quelques
années
après,à la suite d’une querelle avec le président.De retour à Montpellier, il
obtient une chaire à l’université en 1761. Il ne s’y fait pas que des amis. Si
ses cours sont très suivis, l’homme est autant détesté que respecté. Il possède
un caractère entier, revendicateur, rancunier et procédurier.Il est reconnu pour
être un homme d’esprit,parlant très bien,ayant une mémoire prodigieuse et des
connaissances infinies, cependant, ses détracteurs le jugent cynique et sans
moeurs. Un de ses élèves constate, navré, son « caractère difficile qui faisait
le supplice de tous ceux qui le servaient et le rendait
impossible à lui même ». Ses démêlés avec le Chancelier de l’université François
Imbert
ont défrayé la chronique universitaire et son peu d’estime pour ses collègues
lui vaut de
solides inimitiés.A un ami qui lui dit que le doyen Lamure ne croit pas à la
édecine, Barthez rétorque :« S’il parle de la sienne, il a raison ! ».Il obtient
néanmoins en 1785,
le titre de chancelier bien que depuis quelques années, il ait quitté
Montpellier pour devenir médecin du duc d’Orléans. Une doctrine médicale qui fit
autorité Car, depuis 1778, date de la parution de son ouvrage Nouveaux éléments
de la science de l’homme, Paul-Joseph Barthez est devenu célèbre. Traduit dans
presque toutes les langues d’Europe, ce livre familiarise le public cultivé avec
une théorie qui allait devenir célèbre, le vitalisme. A l’époque, le monde
médical était partagé entre deux concepts qui distinguent d’un
côté, ceux qui voient le corps humain comme un simple automate et de l’autre,
ceux pour qui tous les phénomènes vivants s’expliquent par l’âme. Barthez, lui,
va développer un moyen terme.Médecin de Louis XVI et de Napoléon Ier. A la suite
d’un autre Montpelliérain,
Théophile de Bordeu, il fait des manifestations liées à la vie un phénomène
indépendant de la physique et de la chimie.D’une manière originale, il conçoit
un principe vital qui régit l’organisme et est responsable de l’ensemble des
fonctions propres à la vie.
L’organisme est un tout, qui se pilote lui-même,qui s’autorégule. Cette théorie
lui assure une notoriété et fonde une doctrine médicale qui sera prédominante à
la faculté de Montpellier durant tout le XIXe siècle. Nommé médecin de Louis
XVI, sa clientèle est devenue considérable, sa renommée n’en finit pas de s’amplifier,on
vient le consulter de toute l’Europe. Familier de la cour, Barthez quitte Paris
dès 1789.Il se réfugie à Narbonne, où il passe la plus grande partie de la
Révolution. Il médite, écrit, tente de se faire oublier. Pour se dédouaner de
son passé, il n’hésite pas à servir la jeune République et porte assistance à
l’armée des Pyrénées, ravagée par la fièvre typhoïde. Bonaparte le rappelle à
Paris, le comble d’honneurs et en fera son médecin personnel en 1804. Rétabli
professeur honoraire de l’Ecole de Santé en 1800,Barthez ne réapparaît que
rarement à Montpellier où il prononce cependant un mémorable discours sur le
génie d’Hippocrate. L’orgueilleux philosophe n’est plus qu’un vieil homme
handicapé par une surdité invalidante. Célibataire, sans enfant, il meurt à
Paris le 15 octobre 1806.
Une théorie constestée Sa théorie assura une réputation mondiale à Montpellier.
Mais elle fut battue en brèche au cours du XIXe siècle. « Le vitalisme est
contraire à l’esprit scientifique, déclare le célèbre physiologiste Claude
Bernard. C’est une erreur irrémédiable qui consiste à donner une existence
réelle à quelque chose d’immatériel qui n’est en réalité qu’une notion de
l’esprit ». Pour célébrer le bicentenaire de la mort de Barthez, la Société
montpelliéraine d’histoire de la médecine organise le 8 décembre deux
conférences sur la vie et l’oeuvre de ce personnage.Elles seront données par
Philippe Barthez et Thierry Lavabre-Bertrand à partir de 17h30 à la faculté de
médecine. Entrée libre. Sources : Hubert Bonnet, La faculté de médecine de
Montpellier, Sauramps (1992) ; Thierry Lavabre-Bertrand, Barthez et le
vitalisme. In: La médecine à Montpellier, du 12e au 20e siècle, Editions Hervas
(1990) ; Albert Leenhardt, ontpelliérains médecins des rois, Mazel (1941).
Montpellier notre ville / décembre 2006 / numéro 308