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La victoire de Napoléon célébrée dans la discrétion
Histoire : La victoire de Napoléon célébrée dans la discrétion Le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz a été célébré vendredi soir, place Vendôme à Paris, lors d'une cérémonie militaire suivie d'un spectacle son et lumière. Cette seule cérémonie officielle en France était présidée par le seul ministre de la Justice. La ministre de la Défense a assisté à une cérémonie sur le lieu même de la victoire, en République tchèque.

 
Créé le 02 décembre 2005  
Mis à jour le 03 décembre 2005 à 15h21  
Pour aller plus loin
  Austerlitz : une bataille mythique encore glorifiée (02/12/2005)
  Le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz (02/12/2005)
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Le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz a été célébré vendredi soir, place Vendôme à Paris, lors d'une cérémonie militaire suivie d'un spectacle son et lumière. Cette manifestation, seule cérémonie officielle organisée en France, était présidée par le ministre de la Justice Pascal Clément. Ni le président de la République Jacques Chirac, ni le Premier ministre Dominique de Villepin n'y assistaient.

La cérémonie s'est déroulée en présence d'un bataillon de l'Ecole de Saint-Cyr et des drapeaux et étendards des régiments de l'armée de Terre ayant participé à la bataille en 1805. Etaient notamment présents des régiments d'infanterie, de cuirassiers, de hussards et de chasseurs, rangés au pied de la colonne Vendôme, que Napoléon fit ériger en faisant fondre les canons ennemis pris à Austerlitz.

"MAM" sur place

Le ministre français de la Défense, Michèle Alliot-Marie, s'est, quant à elle, rendue sur le site de la bataille d'Austerlitz, dans l'est de la République tchèque. Après un bref passage sur la butte de Zuran, le ministre s'est recueilli dans la chapelle du monument de "Mohyla Miru", le monument de la Paix, érigé sur la butte de Pratzen (Prace, en tchèque), qui fut l'enjeu des combats les plus acharnés entre la Grande armée et les forces austro-russes le 2 décembre 1805. En sortant du musée situé à proximité, Mme Alliot-Marie a brièvement évoqué "la bataille à l'origine de la mort de 10.000 soldats français et de milliers de soldats de plusieurs pays qui sont aujourd'hui des pays amis au sein de l'Europe".

Le 2 décembre 1805, 71.000 soldats de la Grande armée mirent en déroute en moins de six heures les 91.OOO hommes des forces russe et autrichienne. L'affrontement laissa 19.000 morts et blessés du côté des vaincus, 9.000 en face, sans oublier les prisonniers. La bataille d'Austerlitz est considérée par les experts comme un chef-d'œuvre d'art militaire.


 

Polémique sur Napoléon : Villepin répond

Plusieurs députés UMP ont émis des réserves sur la discrétion de la commémoration de la victoire de Napoléon et sur les critiques récentes à l'encontre de l'empereur et de son implication dans l'esclavage. Lionel Lucas a estimé que le débat sur Napoléon était ridicule et que "le comble est atteint avec la tendance bien moderne de la repentance à tout prix ". Jean-Jacques Guillet a présenté au premier ministre une question écrite : "De nombreux Français ont été surpris de constater le manque d'enthousiasme du gouvernement à célébrer le bicentenaire de (...) la victoire de Napoléon 1er à Austerlitz. Cette réserve contraste avec la commémoration de la bataille navale de Trafalgar par le gouvernement britannique."

Dominique de Villepin, a déclaré qu'il "assumait toute l'Histoire de notre pays" : " Je crois que nous sommes riches de toutes les épreuves de notre pays, de la capacité que nous avons eue à les surmonter. Nous le savons, il y a plusieurs Napoléon. Le Napoléon d'Austerlitz n'est certainement pas le même que celui d'Erfurt, de la guerre d'Espagne ou de la campagne de Russie. Comprendre les voies du vertige du pouvoir, les voies de l'ivresse de la puissance, c'est important. Il est très important de savoir regarder son histoire en face. C'est un travail qui est nécessaire, c'est celui du citoyen et au premier chef des historiens", a ajouté le chef du gouvernement. Grand amateur de l'épopée napoléonienne, Dominique de Villepin a consacré à Napoléon Ier un ouvrage intitulé "Les Cent jours ou l'esprit de sacrifice".

(MAM sur le site de la bataille vendredi/AFP/Michal CIZEK)

 

Austerlitz : Villepin «assume toute l'histoire de notre pays»

La polémique sur le rétablissement de l'esclavage par Napoléon a conduit les pouvoirs publics à célébrer très modestement la plus célèbre victoire de l'Empereur.
Guillaume Perrault
[03 décembre 2005]

 

FAUT-IL avoir honte de Napoléon? La France a célébré de façon discrète, hier, le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz, marqué par une polémique inédite. Un Collectif des Antillais, Guyanais, Réunionnais et plusieurs associations de Français d'outre-mer ont appelé à manifester aujourd'hui à Paris contre les commémorations organisées par les pouvoirs publics.

Ces protestataires estiment en effet qu'on ne peut honorer la mémoire d'un homme qui a rétabli l'esclavage dans les colonies françaises en 1802. Leur porte-parole, Patrick Karam, qualifie même le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz de «cas d'école du révisionnisme historique». Quelques élus d'outre-mer, comme Victorin Lurel, président du conseil général de Guadeloupe et député apparenté socialiste, partagent ces analyses. Un historien, Claude Ribbe, membre de la Commission nationale consultative des droits de l'homme, soutient lui aussi ces associations et compare Napoléon à Hitler. L'universitaire juge en effet l'Empereur des Français coupable de «l'extermination industrielle d'un peuple» et d'«une législation raciale qui annonce les lois de Nuremberg».

Amalgames

Plusieurs historiens ont cependant récusé avec force ces amalgames. «Voilà deux siècles et demi du passé français qui basculent dans la poubelle de Clio, écrivait avant-hier dans nos colonnes Emmanuel Leroy Ladurie. Et que restera-t-il de Jules Ferry, pourtant bon pédagogue?» Max Gallo s'est élevé pour sa part contre «une conception pénitentielle de la mémoire» (nos éditions du 3 novembre).

Conséquence ou coïncidence, les commémorations officielles de la victoire la plus fameuse de Napoléon frappent en tout cas par leur modestie. Une cérémonie militaire, suivie d'un spectacle son et lumière, devait se dérouler vendredi soir à Paris, place Vendôme, devant la colonne Vendôme réalisée avec les canons pris aux Autrichiens et aux Russes à Austerlitz. Ni le président de la République, Jacques Chirac – qui se trouve à Bamako pour un sommet franco-africain –, ni le premier ministre, Dominique de Villepin, en déplacement à Amiens, n'y ont assisté.

Le ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, représente pour sa part le gouvernement français à la cérémonie internationale qui se déroule sur le site de la bataille, en République tchèque.

«Un travail nécessaire»

Interrogé par la presse sur la discrétion des pouvoirs publics, Dominique de Villepin a répondu qu'il «assumait toute l'histoire de notre pays. Je crois que nous sommes riches de toutes les épreuves de notre pays, de la capacité que nous avons eue à les surmonter, a poursuivi le chef du gouvernement. Il est très important de savoir regarder son histoire en face. C'est un travail qui est nécessaire, c'est celui du citoyen et, au premier chef, des historiens», a conclu l'hôte de Matignon, qui a consacré un ouvrage aux Cent jours de Napoléon.

Le profil bas du gouvernement a suscité les protestations de certains députés UMP. Jean-Jacques Guillet s'est étonné de ce «manque d'enthousiasme. Le député des Hauts-de-Seine estime que la France commémore plus volontiers ses défaites que ses victoires. «Notre réserve contraste avec la commémoration de la bataille de Trafalgar par les Britanniques, argumente Jean-Jacques Guillet: la France avait alors trouvé tout naturel d'y participer en envoyant le porte-avions Charles-de-Gaulle, fleuron de sa flotte.» Professeur d'histoire d'origine, Lionnel Luca (Alpes-Maritimes) estime «ridicule de juger le passé à l'aune des valeurs du présent. L'anachronisme est une erreur grossière en histoire. Pourquoi les Français seraient-ils condamnés à s'autoflageller en permanence?»

 

En République Tchèque, trente mille personnes sur le site de la bataille

G.P.
[03 décembre 2005]

 

Le 2 décembre 1805, Napoléon a battu à Austerlitz les forces de la troisième coalition commandée par l'empereur François d'Autriche et le tsar Alexandre 1er. Les commémorations du bicentenaire ont commencé hier sur le site de la bataille, qui se trouve aujourd'hui en République tchèque.
UNE «MARCHE de guerre» s'est déroulée sur le plateau enneigé de Slavkov. Plus de 3 500 passionnés – russes, espagnols, anglais, français ou autrichiens – se trouvent sur place pour participer à la grande reconstitution historique prévue cet après-midi au pied de la colline de Santon, près de Brno. Malgré le froid intense, certains dorment sous la tente en pleine campagne tandis que d'autres bivouaquent dans une ancienne caserne et, les plus chanceux, à l'hôtel.

«Vive l'Empereur!»

«On est complètement débordés», soupire Jakub Zamek, un des organisateurs tchèques, qui supervise les opérations depuis «l'état-major» installé près de Brno. Dans le supermarché voisin, personne ne s'étonne de voir une escouade de hussards pousser un chariot rempli de victuailles. Fantassins, grognards et cavaliers, en grande tenue d'époque, se sont entraînés toute la journée de vendredi sur le plateau de Pratzen. On parle toutes les langues mais les ordres sont donnés en français.

«Vive l'Empereur!», crie un groupe spécialement venu d'Epinal (Vosges) pour assister aux commémorations. «Vive l'Empereur!», répondent des Espagnols costumés en soldats autrichiens qui participent au tournage d'un documentaire.
Les touristes assistent à quelques scènes d'escarmouche, observent des patrouilles et des feux de garde, le soir, dans différentes bourgades des environs.

Sur la butte de Zuran, où Napoléon s'était posté avant la bataille, quelques dizaines de passionnés se sont retrouvés pour chanter la Marseillaise. Des calèches proposent aussi des promenades au pied de château de Slavkov, où se sont succédé les trois empereurs russe, autrichien et français. Les organisateurs attendent plus de 30000 personnes. Quelque 60% des billets ordinaires (9 euros) ont été vendus, ainsi que toutes les places assises dans les tribunes.

 

Austerlitz, le chef-d'oeuvre tactique de Napoléon Ier

Fantassins, grognards et cavaliers, en grande tenue d'époque, se sont entraînés toute la journée sur différents sites du plateau de Pratzen et dans la cour de l'ancienne caserne. On parle toutes les langues mais les ordres sont donnés en français.
(Photo AFP)
(Avec AFP)
[02 décembre 2005]

 

Les commémorations du bicentenaire de la bataille d'Austerlitz ont commencé vendredi par une «marche de guerre» sur le plateau enneigé de Slavkov, dans l'est de la République tchèque. Plus de 3.500 volontaires russes, espagnols, anglais, français ou autrichiens se trouvent sur place, pour participer à la grande reconstitution, prévue samedi, de cet épisode guerrier qui demeure, dans les livres d’histoire, le grand chef-d’œuvre tactique de Napoléon Ier.
Le 2 décembre 1805, à Austerlitz, en République Tchèque actuelle, 71.000 soldats de la Grande armée mirent en déroute en moins de six heures les 91.OOO hommes des forces russe et autrichienne. L'affrontement laissa 19.000 morts et blessés du côté des vaincus, 9.000 en face, sans oublier les prisonniers.

La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie assiste ce vendredi à une cérémonie sur le lieu même de la bataille, en République tchèque tandis qu'à Paris la bataille d'Austerlitz doit être célébrée dans la soirée place Vendôme, par une cérémonie militaire et un spectacle son et lumières en présence d'un bataillon de l'Ecole de Saint-Cyr et des drapeaux et étendards des régiments de l'armée de Terre ayant participé à la bataille en 1805.

La bataille d'Austerlitz est considérée par les experts comme le chef d'oeuvre tactique le plus abouti de Napoléon Ier. Dans les jours qui précèdent la bataille, Napoléon Ier convainct les forces de la coalition (91.000 hommes) commandées par le prince Koutouzof, qu'il est en train de battre en retraite afin de les attirer, en fait, sur le terrain qu'il a choisi pour engager le combat avec ses 71.000 soldats: le plateau de Pratzen, à une centaine de km au nord de Vienne.

Napoléon n'a laissé aucun ouvrage de référence sur sa pensée stratégique mais ses proclamations, ses ordres aux armées et sa correspondance montrent la cohérence de son système, en vingt ans de campagnes, depuis le général Bonaparte, nommé en 1795 commandant de l'armée d'Italie jusqu'à l'empereur Napoléon, vaincu en juin 1815 à Waterloo.

Supériorité en hommes et en matériel à l'endroit exact où sera provoquée la rupture du dispositif ennemi, mobilité avec des bivouacs légers plutôt qu'avec des camps installés, concentration des feux d'artillerie, renseignements très précis sur les mouvements adverses, système divisionnaire alliant rapidité du mouvement avec concentration des forces, relation étroite avec ses soldats: ces principes immuables alliés à un pragmatisme constant en fonction du terrain fondent la stratégie napoléonienne dont Austerlitz reste la meilleure référence.

Une dizaine de jours avant de livrer bataille, Napoléon fait reculer ostensiblement plusieurs dizaines de milliers de ses hommes devant Koutouzof. Dans le même temps, il demande à Bernadotte, en arrière-garde, et à Davout, qui se trouve à Vienne, de se préparer à le rejoindre.

Le 1er décembre, alors qu'il est parfaitement au courant des mouvements de Koutousov, l'empereur français parvient à concentrer toutes ses forces dans la plus grande discrétion, les divisions de Bernadotte et de Davout se joignant à celles de Lannes, Soult et Murat.

Dans la journée, les troupes austro-russes gagnent le plateau de Pratzen, à l'est d'Austerlitz là où Napoléon les attend. Dans la nuit, l'empereur parcourt les bivouacs et explique sa manoeuvre à ses soldats: "les positions que nous occupons sont formidables et pendant qu'ils marcheront pour tourner ma droite, ils me présenteront le flanc".

Le 2 décembre, jour choisi par Napoléon pour livrer bataille, marque le premier anniversaire de son couronnement, les soldats allument des torches et acclament Napoléon aux cris de "Vive l'empereur, vive le petit tondu".

A l'aube, dans le brouillard et le froid, les forces de Koutouzov entament leur marche pour déborder Napoléon sur son aile droite. A 9H00, le brouillard se dissipe, le "soleil d'Austerlitz" perce, Napoléon lance les divisions de Soult à l'assaut du plateau de Pratzen et coupe, comme prévu, en son centre l'armée de Koutouzof.

Malgré plusieurs contre-attaques de la garde impériale russe, le centre du dispositif de Koutouzof est enfoncé. Napoléon fait donner son artillerie sur les étangs gelés, où l'aile gauche de Koutouzof reflue.
La victoire française est totale. Les alliés comptent près de 20.000 morts, les Français, qui ont fait des milliers de prisonniers, moins de 9.000 morts et blessés.

Le lendemain, Napoléon écrit dans son ordre du jour à l'armée: "soldats, je suis content de vous. Il vous suffira de dire ‘J'étais à la bataille d'Austerlitz’ pour que l'on réponde ‘Voila un brave’".

 

Pour l'historien Steven Englund, la République a raison de ne pas célébrer la plus éclatante victoire de l'armée française

Le soleil occulté d'Austerlitz

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A l'occasion récente du bicentenaire de Trafalgar, j'étais invité à donner une conférence au National Maritime Museum de Greenwich — lieu à cheval sur le méridien originel. L'exposition, "Nelson and Napoléon", était particulièrement impressionnante puisqu'elle était présentée dans un magnifique immeuble néoclassique du très british Augustan Age (fin du XVIIIe siècle). L'expo, où bon nombre d'objets provenaient de musées français, était le comble de la débauche de célébration nationale que ces messieurs les Anglais avaient mis en scène afin de s'extasier autour de leur grande et glorieuse victoire et de leur grand et victorieux amiral borgne.

 

 

 
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Rien de déconcertant en tout cela — même dans la devise phare de l'expo "Nel-Nap" : "L'un est mort pour sa nation ; l'autre ne vivait que pour son empire." 

Well, why the hell not ?

Je n'ai pourtant pas manqué de changer sur-le-champ l'introduction de mon intervention, afin d'expliquer à mon brave auditoire que leurs pairs à Paris — disons un public assemblé aux Invalides pour entendre parler d'Austerlitz — ne s'étonneraient point de voir la même devise, mais en donnant à Napoléon le beau rôle, et à l'amiral cyclope, le rôle ambigu ; car il ne faut jamais oublier que l'Angleterre de cette époque était aussi un empire — plus grand que l'Empire français — et que la France était, eh bien, également une Grande Nation.

Mais, à ma surprise, sachant bien que "la France" était "une nation de patriotes", je découvris, en rentrant à Paris, qu'il n'y aurait point de commémoration nationale autour d'Austerlitz, ni aux Invalides, ni nulle part ailleurs. Il n'y aurait que la laborieuse cérémonie annuelle assumée par les braves cadets de Coëtquidan, aux alentours rustiques de leur école (le cacique de la promotion retenant son droit historique d'être Napoléon).

Bref, le gouvernement de la République a choisi de rester cohérent avec sa politique de non-reconnaissance des bicentenaires napoléoniens. Et ainsi, la commémoration du plus grand fait d'armes français — la brillante bataille qui rassembla trois empereurs et quatorze maréchaux ou futurs maréchaux de l'Empire — tout comme la guerre de Troie de Giraudoux, n'aura pas lieu.

Scandaleux, non ?

Eh bien, maybe not.

Avant d'expliquer pourquoi, il faut rendre justice aux millions de Français qui ont dû réagir de prime abord comme l'historien étranger que je suis, et il convient par conséquent d'exposer brièvement les arguments qui militent pour une commémoration officielle.

Premièrement, il est indéniable que tous les régimes français depuis 1815 doivent énormément à l'Empereur, et que la Ve République devrait mieux assumer cette dette à la longue. La République ne peut pas se figer dans la posture d'un impertinent Gavroche feignant d'ignorer Victor Hugo.

Ensuite, dans l'esprit de "récupération de toute l'Histoire de France" — projet cher à la génération d'Ernest Lavisse et de sa grande histoire de France — on devrait instituer une date limite aux rancunes idéologiques, et "intégrer" Napoléon dans la "Nation". N'en a-t-on pas fait autant pour Hugues Capet en 1987, quand le gouvernement (de Jacques Chirac, d'ailleurs) a accordé un timbre-poste au fondateur de la monarchie proprement française à l'occasion de son millénaire ?

Enfin, sur le même registre, une commémoration d'Austerlitz eût démontré une largeur d'esprit que la République doit à tous ces citoyens, à commencer par son armée — sans oublier la partie considérable de l'opinion européenne (et mondiale) qui n'est point hostile à l'Empereur, loin de là. De plus, la République se le devait à elle-même, car la "République moderne," dont parle avec une force persuasive Jean-Fabien Spitz ("Le Monde des livres" du 25 novembre), n'est pas la caricature jacobine de l'opinion libérale ou réactionnaire, et elle pourrait, devrait, descendre de son prétoire exclusif de juge.

Cela dit, l'amateur de l'histoire et de la République françaises que je suis a décidé de sortir de l'ambiguïté : il vote non.

Trafalgar gagnée a tout simplement sauvé l'Angleterre d'une répétition de 1066. Une défaite à Austerlitz, en revanche, n'aurait entraîné ni invasion ni perte de territoire national pour la France. Austerlitz gagnée, par contre, "a consolidé le pouvoir impérial de Napoléon pendant une décennie". Austerlitz gagnée fut le triomphe du modèle militariste que Napoléon lui-même voulait dépasser pour son empire — sans parler de nos contemporains européens, pour qui le militarisme est vraiment (et heureusement) ringard.

Dans la perspective du passé de la République en v.f., comme dans celle de ses valeurs — laïcité, droits de l'homme, justice, égalité, liberté et paix —, comme enfin dans celle de son avenir en Europe, il n'y a aucun motif pour commémorer — on pourrait même regretter — une victoire qui affermit un régime exerçant une domination presque coloniale sur l'Europe, avec tout ce que cela impliquait comme longues guerres inutiles, conscription et lourds impôts et tarifs visant la seule santé de l'économie française.

Que le Premier Empire ait été par ailleurs bénéfique à ses peuples est indéniable, mais, du point de vue républicain, les plus grands bénéfices avaient été déjà récoltés sous le Consulat, et, s'il fallait à tout prix commémorer quelque chose de l'ère napoléonienne, on aurait dû choisir une date antérieure à 1805 (par exemple, l'année du code civil).

La République a donc choisi de rester muette devant ce bicentenaire — choix qui n'a pas dû être facile pour certains hommes d'Etat, attachés à la gloire militaire de leur patrie. Mais, tout compte fait, la République française incarne plus un système de valeurs et de pratiques qu'elle ne représente une nation de peuples. Bien entendu, elle a une obligation élémentaire vis-à-vis de ses peuples, mais il s'agit plutôt de l'obligation de les former dans son propre système de valeurs et de pratiques que de les suivre dans toute lubie et mode. C'est-à-dire — et ici je pars du catéchisme républicain de toujours — la République n'est pas la nation, elle est la République ; et aussi "moderne" qu'elle se veuille (lire : aussi apparemment apparentée à la philosophie anglo-saxonne de "civic humanism"), elle perd son âme si elle n'est plus reconnaissable de par ses propres passé et valeurs.

Maurice Agulhon, grand historien du social (homme plus républicain n'existe) écrit à propos de Napoléon : "La Nation... il est bien temps d'écrire ce mot magique à propos de lui !" Il a mille fois raison, mais "la Nation" — à savoir, la société dans tous les secteurs variés qui font la France actuelle — s'est déjà révélée capable par toute une floraison de colloques, de reconstitutions de bataille, et par mille autres façons de commémorer ce bicentenaire. Puis-je faire mieux que de citer de Gaulle : "Ses victoires... sont moins importantes qu'on ne croit. Les victoires ne mènent pas loin. Il faut qu'autre chose entre en jeu."

Quant à la République, elle doit à Napoléon à la fois beaucoup moins et beaucoup plus que ce bicentenaire d'Austerlitz. Que le "moins" (militaire, impérial) donc reste marqué par son absence, oui — et quant au "plus", il vous reste, à vous les Français, encore seize ans (jusqu'au 5 mai 2021) à en découdre avec ce que lui doit votre République : à savoir, pour explorer l'existence continue de l'Empire dans la République.

Mais cela représente un devoir autrement important qui ne demande pas nécessairement — au contraire, même — la commémoration d'Austerlitz.


 

 

Steven Englund est américain. Historien, il a reçu en 2004 le Grand Prix d'histoire de la Fondation Napoléon pour une biographie de Napoléon (éd. de Fallois, 2004).

 

Article paru dans l'édition du 02.12.05

 

 

Polémique autour des célébrations du bicentenaire de la bataille d'Austerlitz

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Le président français, Jacques Chirac, et son gouvernement ont été accusés dans leurs propres rangs et par des historiens de refuser d'assumer le passé du pays, en "boycottant" les cérémonies marquant, vendredi 2 décembre, le bicentenaire de la victoire de Napoléon à Austerlitz.

 

Alors que des milliers d'admirateurs de Napoléon se retrouvaient en République tchèque pour revivre sur place la bataille d'Austerlitz, considérée comme la plus grande victoire militaire de l'empereur, la France célébrait l'événement dans la discrétion et la polémique.

 

 
Plusieurs associations de la France d'Outre-mer ont rappelé que Napoléon restait un personnage historique très controversé, notamment pour avoir rétabli en 1802 l'esclavage aboli par la révolution.
  

"J'ASSUME TOUTE L'HISTOIRE DE NOTRE PAYS"

La seule cérémonie officielle organisée en France a eu lieu vendredi soir place Vendôme à Paris. Mais ni le chef de l'Etat ni le premier ministre n'y ont assisté. Jacques Chirac était absent pour cause de sommet France-Afrique à Bamako et Dominique de Villepin a fait savoir qu'il n'a "jamais été question d'ajouter cette cérémonie à son agenda". L'absence du premier ministre a été d'autant plus remarquée qu'il ne cache pas son admiration pour Napoléon, auquel il a consacré, en 2001, un ouvrage intitulé "Les cent jours ou l'esprit du sacrifice". "J'assume toute l'Histoire de notre pays", a tenu à assurer, M. Villepin, vendredi, lors d'une visite à Amiens (Nord), tout en soulignant qu'"il y a plusieurs Napoléon". Quant au ministre de la défense, Michèle Alliot-Marie, elle a participé à une cérémonie, mais en République tchèque.
 

La cérémonie a mobilisé un bataillon de l'Ecole de Saint-Cyr et des drapeaux et étendards des régiments de l'armée de Terre ayant participé à la bataille en 1805. Etaient notamment présents des régiments d'infanterie, de cuirassiers, de hussards et de chasseurs, rangés au pied de la colonne Vendôme, que Napoléon fit ériger en faisant fondre les canons ennemis pris à Austerlitz.
 

A l'invitation du chef d'état-major de l'Armée de terre Bernard Thorette, de la Saint-Cyrienne et du Comité Vendôme, cette manifestation accueillait des représentants de toute l'Union européenne, de la Russie et des Etats-Unis, avait indiqué plus tôt un communiqué du service de communication de l'Armée de terre. La cérémonie militaire a été suivie d'un spectacle son et lumière, avec la projection d'un film reconstituant la bataille sur la façade du ministère de la justice.
 

PRESSIONS DU "POLITIQUEMENT CORRECT"

 

Les critiques les plus virulentes sont venus de membres de la majorité parlementaire, qui ont accusé le gouvernement de céder aux pressions du "politiquement correct" à un moment où le passé colonial de la France reste un sujet de vives polémiques.

Le député Jean-Jacques Guillet, membre du parti de droite UMP au pouvoir, a exprimé son mécontentement en soulignant le "contraste" avec la commémoration, en juin, de la bataille navale de Trafalgar par le gouvernement britannique "à laquelle la France a envoyé le porte-avions Charles de Gaulle, fleuron de sa flotte".

Un autre député UMP, Jacques Myard, a jugé "inadmissible que le gouvernement français ait décidé de faire profil bas" sur cette commémoration, tandis que son collègue Lionnel Luca fustigeait "la tendance bien moderne de la repentance à tout prix".

Ces critiques ont reçu un appui de poids, par la voix d'Emmanuel Le Roy Ladurie, un des historiens les plus respectés de France. Dans une tribune publiée par le quotidien Le Figaro sous le titre "Napoléon boycotté, l'Histoire amputée", il accuse le gouvernement d'avoir cédé à la "pression venue d'outre-mer". "Cela peut aller très loin : devra-t-on, à l'avenir, interdire tout anniversaire concernant les actions des rois de France, de Louis XIII à Louis-Philippe, pour la seule raison qu'ils furent eux aussi complices de l'esclavage ?", interroge-t-il.

A l'inverse, plusieurs associations d'outre-mer ont appelé à manifester samedi à Paris "contre le révisionnisme historique". Selon elles, "sous prétexte de ce bicentenaire, la promotion de Napoléon a dépassé les limites du supportable". Leur appel a coïncidé avec la publication d'un virulent essai qui a reçu un large écho en France et dont l'auteur, Claude Ribbe, compare Napoléon à Hitler pour avoir "exterminé" des populations entières sur des critères raciaux, en particulier dans les Antilles.

 

Avec AFP
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Sur le champ de bataille d'Austerlitz: la vraie vie des passionnés de Napoléon

 

© AFP

L'américain Mark Schneider dans le rôle de Napoléon pose le 2 décembre 2005 à Slavkov (Austerlitz)

SLAVKOV (République tchèque) (AFP) - 03/12/2005 15h08 - "Je ne joue pas, je vis". Comme les 3.500 "reconstitueurs" venus de toute l'Europe pour participer au bicentenaire de la bataille d'Austerlitz, le russe Oleg Sokholov est un passionné d'histoire et un grand admirateur inconditionnel de l'empereur Napoléon 1er.

Sanglé dans son uniforme impérial, sabre à la main, le fondateur du mouvement russe napoléonien dirige d'une voix martiale les manoeuvres de "ses hommes". Près de lui, ses deux aides de camp obéissent à ses ordres avec célérité et respect.

Fantassins, grognards, hussards, cavaliers ou artilleurs... ils sont plus de 3.500 à avoir afflué d'une vingtaine de pays différents dans leurs uniformes français, russe ou autrichien pour participer à la plus grande reconstitution napoléonienne jamais organisée.

Les plus mordus ont dormi sous la tente, malgré le froid coupant, -5° le jour, encore moins la nuit. Les moins riches se sont entassés dans des dortoirs improvisés dans une ancienne caserne militaire abandonnée. Les plus aisés sont descendus dans des hôtels confortables.

Qu'ils viennent d'Espagne, d'Autriche, d'Angleterre, de Belgique, de France ou de Russie, ils appartiennent tous à des associations napoléoniennes structurées, se connaissent, échangent des informations, polémiquent sur les détails historiques et comparent la qualité de leurs uniformes.

"Ce bonnet à poil m'a coûté 1.000 euros", soupire José, un Madrilène d'une trentaine d'années qui a traversé l'Europe en bus avec une vingtaine de compatriotes pour venir sur le plateau de Pratzen, à l'est de la république tchèque.

"Tout est cher, les costumes, les galons, les insignes, les armes, plus le grade est haut, plus l'habit est coûteux. S'habiller en général comme Oleg Sokholov est hors de prix", souligne Florence Casanova, une étudiante française de 20 ans en robe d'époque et bonnet de dentelle, qui rêve de devenir "costumière".

© AFP

Cavaliers de diverses nationalités sur le champ de bataille d'Austerlitz le 2 décembre 2005

Un groupe de Tchèques, très élégants dans leurs grands manteaux blancs de l'armée autrichienne se flattent d'avoir "cousu leurs uniformes eux-mêmes". "C'est aussi notre histoire qui se joue ici", souligne l'un deux, un professeur d'université de Brno, en se réchauffant les mains à la chaleur du feu de camp dans la cour du relais de la Vieille Poste.

Oleg Sokholov, lui, "joue toujours un général français" dans les reconstitutions qui rythment la vie des sociétés napoléoniennes. A Austerlitz, c'est lui qui va diriger toutes les troupes françaises. Pour lui, à chaque fois, "c'est un jeu très sérieux dont le but est de revivre l'histoire".

Et confondre les unités de "reconstitueurs" avec des groupes de folklore ou des "figurants" déchaine immédiatement les foudres les plus virulentes.

"On respecte l'uniforme et la règlementation, c'est comme un musée vivant", explique Oleg Sokholov qui a fondé, à 19 ans, le mouvement russe napoléonien parce que "cette époque incarne l'énergie, la joie de vivre, la discipline et la gloire".

"Droite, gauche, en avant, marche". Les soldats obéissent à ses consignes au doigt et à l'oeil.

"Ils mangent, ils pensent, ils dorment Napoléon", souligne Michel Lefevre, un Toulousain qui sert de "photographe officiel" à une unité venue du Sud-Ouest de la France.

Leurs motivations sont très différentes: "l'amour du jeu ou de l'histoire, les copains, les bons moments passés à picoler ensemble, le désir de s'évader d'une vie grise", énumère l'aide de camp du général avant de retourner dare-dare aux "manoeuvres" en cours.

Ses hommes sont russes, ukrainiens, polonais, mais aussi français et belges. C'est un Américain de Virginie (Etats-Unis), Mark Schneider qui jouera le rôle de Napoléon, ce qui laisse mi-figue mi-raisin les inconditionnels de l'empereur.

Quel que soit leur pays d'origine, les participants appartiennent à des associations historiques très soucieuses d'exactitude, que ce soit pour les armes, les uniformes ou les galons qui ornent leurs bonnets à poils et leurs tricornes.

Austerlitz: la plus grande reconstitution de l'histoire napoléonienne

2005-12-03 17:57:46
BRNO (AFP)
 

Des régiments de volontaires venus de toute l'Europe ont revécu, samedi la bataille d'Austerlitz devant des dizaines de milliers de spectateurs, le plus grand spectacle historique napoléonien jamais organisé de mémoire de grognards.

Deux personnes, une touriste et un figurant ont été blessés pendant la reconstitution de cette bataille considérée par les experts comme un chef d'oeuvre d'art tactique et militaire.

Une touriste française qui se trouvait dans les tribunes a été victime d'une crise cardiaque et s'est cassé la jambe en tombant, selon le médecin local interrogé par l'AFP. Un "reconstitueur" russe, qui portait un uniforme français, a été légèrement blessé à l'oeil au cours d'un affrontement avec un soldat autrichien, selon la même source.

Pendant plus d'une heure et demi, plus de 3.500 fantassins, hussards, artilleurs et autres cavaliers en grand uniforme ont revécu un des épisodes de la bataille, l'attaque de l'avant-garde autrichienne du maréchal-lieutenant Kienmayer contre le village de Telnitz, l'arrivée du maréchal Davout et la saute du Lion de Soult.

Le spectacle qui a réuni 30.000 spectateurs payants dans des tribunes et au moins autant sur la colline voisine, est "une des plus grandes reconstitutions historiques de la période napoléonienne" et un des plus chers, selon les organisateurs.

"En 1995, on était 2.500 à Waterloo, mais c'était différent, il y avait aussi des figurants, des groupes folkloriques, ici, il n'y a que des passionnés d'histoire, ça n'a rien à voir", souligne Oleg Sokholov, le fondateur du mouvement napoléonien russe, spécialement venu pour conduire les troupes françaises sur son cheval blanc.

C'est un Américain de Virginie (Etats-Unis), Mark Schneider qui a incarné Napoléon, ce qui a laissé les inconditionnels de l'empereur mi-figue mi-raisin.

"J'ai deux patries, la France et les Etats-Unis", assurait-il à la veille de la reconstitution sans sembler convaincre ses compagnons de soirée, des grognards venus de Belgique et de France.

Quel que soit leur pays d'origine, les "reconstitueurs" appartiennent à des associations historiques très soucieuses d'exactitude, que ce soit pour les armes, les uniforme ou les galons qui ornent leur bonnet à poil et leurs tricornes. Pour eux, il ne s'agit pas de folklore, mais "d'histoire vivante".

Cette année, la bataille d'Austerlitz a surtout un enjeu financier: les organisateurs qui ont investi 15 millions de couronnes (500.000 euros) dans l'évènement avec l'aide de différents sponsors publics et privés espèrent ravir le flambeau à la reconstitution de Waterloo, en Belgique.

"Austerlitz tient le haut de l'affiche", affirme David Banks, le président de la société Napoléonienne européenne qui jouait le rôle d'un général autrichien pendant la reconstitution.

Les spectateurs ont payé jusqu'à 70 euros pour assister à la bataille assis dans les tribunes d'honneur. Pour les places debout, à 9 euros, les plus motivés étaient arrivés dès neuf heures du matin, pour s'assurer la meilleure vue. Seule déception, le soleil qui avait illuminé la bataille le 2 décembre 2005 ne s'est jamais levé sur le site couvert de neige.

Le 11 frimaire de l'an XIV, 71.000 soldats de la Grande armée ont mis en déroute en moins de six heures les 91.000 hommes des troupes russes et autrichiennes. L'affrontement laissa 19.000 morts et blessés du coté des vaincus, 9.000 de l'autre.

 

© AFP.

 

Bicentenaire d'Austerlitz: des milliers de "grognards" reconstituent la bataille
Des milliers de "grognards" d'aujourd'hui, vêtus d'uniformes du XIXe siècle, à cheval et à pied, se sont affrontés symboliquement samedi sur un champ enneigé de République tchèque, lors d'une reconstitution de la célèbre bataille d'Austerlitz qui vit la victoire de l'empereur français Napoléon sur la Russie et l'Autriche en 1805.

Pour ce bicentenaire, près de 4.000 membres de clubs d'histoire militaire, venus de 22 pays se sont lancés dans les combats sur le site originel, près de la ville tchèque de Slavkov u Brna (environ 240km au sud-est de Prague), sur fond de pilonnage de canons et de tirs d'artillerie. Mais cette fois, tout était truqué et il n'y a eu aucun mort.

Plusieurs dizaines de milliers de spectateurs sont venus autour du champ de bataille pour assister au spectacle dans cet endroit connu au XIXe siècle sous le nom d'Austerlitz. Le territoire tchèque était alors aux mains de l'empire autrichien.

Il avait fallu aux forces françaises plus de dix heures pour dominer les alliés austro-russes le 2 décembre 1805. Mais samedi, les soldats ne devaient combattre que pendant 90 minutes, car ils ne reconstituaient que les étapes majeures d'une des batailles les plus sanglantes des guerres napoléoniennes.

Bravant le froid et le bruit des fausses munitions, 5.000 spectateurs massés dans des tribunes et 25.000 autres alignés au bord du champ de bataille près du village de Tvarozna ont applaudi le spectacle parfois obscurci par la fumée des canons.

Le rôle de Napoléon avait été confié à un acteur américain, Mark Schneider, venu de Williamsburg (Virginie). "Je suis intéressé par les guerres napoléoniennes depuis que je suis petit garçon", a confié à l'Associated Press cet homme de 36 ans, quelques heures seulement avant la reconstitution.

"Pour moi, c'est un grand honneur d'être ici" et "d'incarner un grand homme que j'admire beaucoup, ici sur le véritable champ de bataille à l'occasion de cet anniversaire. C'est une des plus grandes expériences de ma vie", a-t-il souligné.

Mark Schneider travaille pour un musée d'histoire "vivante" du XVIIIe siècle, la Fondation coloniale de Williamsburg, où il incarne des personnages historiques. Il a affirmé que ce n'était pas un problème pour lui de diriger les Français, malgré les divergences de ces derniers temps entre les Etats-Unis et la France, particulièrement en ce qui concerne la guerre en Irak.

Il s'agit de célébrer "l'une des plus grandes et plus importantes batailles de l'histoire", a-t-il expliqué. "Je dis souvent à tout le monde: parce que ma mère est française et mon père est américain (...) j'ai deux pays, la France et les Etats-Unis. Je les aime tous les deux".

Il y a 200 ans, lors de la bataille qui eut lieu sous la neige, Napoléon avait fait preuve de toute l'étendue de son génie militaire, menant ses troupes à une impressionnante victoire sur les forces austro-russes qui étaient pourtant supérieures en nombre, et consolidant ainsi sa position dominante en Europe continentale.

A la tête de 73.000 hommes de l'Armée impériale, Napoléon avait mis en déroute plus de 85.000 Autrichiens et Russes de l'empereur François d'Autriche et du tsar Alexandre Ier. Cette "bataille des trois empereurs" est considérée par les historiens comme la plus représentative du génie tactique et militaire du petit Corse.

"C'est sans aucun doute l'un des plus grands exploits militaires de Napoléon", a expliqué l'historien Martin Raja du musée de Slavkov, spécialisé dans la période napoléonienne.

Cette bataille épique avait fait plus de 20.000 morts ou blessés du côté austro-russe, alors que 30.000 hommes avaient été capturés. Côté français, 2.000 hommes avaient été tués et 7.000 blessés. AP

pyr/v0/mw

Enquête

Les nouveaux grognards d'Austerlitz

LE MONDE | 02.12.05 | 14h02  •  Mis à jour le 02.12.05 | 14h02
Un régiment d'artillerie russe bat la semelle, le 2 décembre 2004, avant le choc avec les Français. François II d'Autriche et Alexandre Ier de Russie alignaient 86 000 hommes, Napoléon 76 000. | ERICK BONNIER Un régiment d'artillerie russe bat la semelle, le 2 décembre 2004, avant le choc avec les Français. François II d'Autriche et Alexandre Ier de Russie alignaient 86 000 hommes, Napoléon 76 000.

ERICK BONNIER
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Les troupes austro-hongroises. "Le plus étonnant, sur le champ de bataille, selon un 'reconstituteur', c'est cette sensation d'aveuglement. On est au coeur de l'événement, et on ne voit pas ce qui se passe autour." | ERICK BONNIER
ERICK BONNIER
Les troupes austro-hongroises. "Le plus étonnant, sur le champ de bataille, selon un 'reconstituteur', c'est cette sensation d'aveuglement. On est au coeur de l'événement, et on ne voit pas ce qui se passe autour."

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Il a neigé sur Austerlitz. Une bien mauvaise nouvelle pour les soldats de Napoléon comme pour les régiments autrichiens et russes qui s'acheminent vers le lieu. Il va falloir affronter le général Hiver. "J'espère qu'ils ont prévu la paille et le bois pour le bivouac", marmonne un grognard. Xavier Robin, aide de camp de l'Empereur, a pris ses dispositions. Il se souvient de cette veille de bataille, passée roulé dans son manteau, par un froid à pierre fendre. "Au matin, le sol gelé craquait sous les pas. J'ai mis deux heures avant de pouvoir bouger."

 

 

 
Des souvenirs de nuits dehors, ou dans une écurie avec son cheval, ou sous la tente ou sous la pluie, il en a tant, Xavier Robin. Sabre au fourreau, il a débuté avec la campagne d'Italie et a presque tout fait depuis, de Marengo à Borodino. Mais Austerlitz est, avec la Berezina, le rendez-vous le plus redouté. "Les autres batailles se passent plutôt à la belle saison", explique le cavalier. 

Il y a deux cents ans, un soleil très surfait éclairait le plateau d'Austerlitz. En cet automne 2005, il fait un froid de gueux sur ce qui est, aujourd'hui, la ville tchèque de Slavkov. Les belligérants, adversaires mais néanmoins amis, se sont prévenus par téléphone ou courriel. L'avant-garde a anticipé des hébergements, les uns se replieront vers une des casernes de l'armée locale, les plus douillets tenteront de trouver une chambre dans un des hôtels de Brno, bien qu'ils affichent complets depuis un an. Le dernier carré, lui, ne se rendra pas à la raison. Il bravera le mauvais temps.

Le 2 décembre 1805, 73 000 soldats de Napoléon et 86 000 hommes réunis par François II d'Autriche et Alexandre Ier de Russie s'affrontent. Le combat, remporté par les Français grâce à une stratégie encore enseignée dans les écoles militaires, fera près de 25 000 morts et blessés.

Une semaine de commémorations est organisée en République tchèque pour le bicentenaire. Elle culminera le samedi 3 décembre avec la reconstitution de "la bataille des trois empereurs". Sont attendus, dans l'ordre : plusieurs dizaines de milliers de spectateurs qui auront acquitté 10 euros de droit d'entrée, 1,5 tonne de poudre noire pour les fusils et 200 kg d'explosifs pour les canons serviront aux effets pyrotechniques. Quelque 4 000 figurants venus de 23 pays s'affronteront sur le plateau de Pratzen. Napoléon sera incarné par un Américain. "Figurant" : le mot n'est guère apprécié. Eux préfèrent se qualifier de "reconstitueurs" ou "reconstituteurs". Car ces passionnés ne jouent pas un rôle. Ils poussent simplement leur goût de l'Histoire jusqu'à entrer dans la peau des protagonistes. "La finalité est de recréer les conditions de l'époque afin d'être au plus près de la vérité", assure Xavier Robin, 39 ans, cadre dans une entreprise de tourisme.

Tchèques, Russes, Allemands, Britanniques, Français, Lettons, Américains ou Australiens, ils sont ainsi plusieurs milliers de braves, dont quelques centaines de puristes, à se retrouver une dizaine de fois par an, de Valmy à Waterloo, depuis le milieu des années 1970. L'enchaînement des bicentenaires a donné un élan supplémentaire, mais on est encore loin des reproductions de la guerre de Sécession qui peuvent rassembler 50 000 Américains.

"Les gens nous prennent pour des rigolos, voire pour des militaristes, regrette Romain Baulesch, 52 ans. Je ne suis pourtant motivé que par un intérêt historique. Ce n'est qu'en m'impliquant activement que j'ai commencé à comprendre ce que pouvaient avoir vécu les gens." Viennois, patron d'une société de recouvrement de dettes, parlant six langues, Romain Baulesch devient général de l'armée impériale autrichienne les week-ends. Il a formé un groupe d'une trentaine de "reconstituteurs" dans son pays. Il a déjà participé à 150 manifestations en une quinzaine d'années, en a lui-même organisé une vingtaine. "Il ne s'agit pas de gloriole : moi, les batailles, j'ai plutôt tendance à les perdre." Chaque année, Romain Baulesch consomme une douzaine de gants blancs, gâtés par la poudre. Une tenue de soldat, qu'il faut plusieurs années et une longue connaissance pour reproduire à l'identique, coûte 1 500 euros. Mais un costume d'officier, un harnachement de dragon ou un apparat de général peuvent revenir beaucoup plus cher. Les bottes sont faites par des artisans tchèques, les uniformes par des tailleurs italiens, les fusils et les sabres par des armuriers polonais. Il existe également des répliques chinoises.

Pour Gérard Bourlier, 59 ans, tout a commencé par Waterloo. Ce Belge, informaticien en préretraite, a assisté en voisin à une reconstitution, il y a quinze ans. "C'est là que j'ai mis le petit doigt dans l'Histoire", résume-t-il. Féru de cheval, il est devenu le "lieutenant Lacharge", cavalier du deuxième régiment de dragons dans la Grande Armée.

Gérard Bourlier s'est replongé dans les livres de la bataille. "Les guerres napoléoniennes marquent les débuts de la généralisation de l'écriture, note-t-il. Nous avons accès aux témoignages des simples soldats. On comprend ce qu'ils ont traversé. Le plus étonnant sur le champ de bataille est cette sensation d'aveuglement. On est au coeur de l'événement et en même temps, avec le bruit et la fumée, on ne voit pas ce qui se passe autour."

A marcher 20 kilomètres par jour avec un barda et un fusil de près de 5 kilos, à espérer l'intendance, à reproduire les combats, "on touche à la vérité de la vie des soldats de l'époque", assure Martin Lancaster. Ce Britannique de 46 ans vit à Milan, après avoir fait fortune dans les affaires. Depuis treize ans, "par hobby", il a rejoint la Grande Armée et est aujourd'hui capitaine du 9e régiment d'infanterie légère. "Parce que l'uniforme français est plus beau."

Formé de plus de 200 transfuges, notamment des sujets britanniques, "The Neuvième" est, de l'avis général, un des meilleurs groupes du camp napoléonien. "Une mauvaise reconstitution est une insulte aux morts", assure Martin Lancaster. "Pour ces hommes, rester au chaud ou au sec était aussi important que la gloire", estime Todd Fischer, historien à Chicago et également membre du Neuvième. "La vie au jour le jour" dans la peau d'un soldat "m'a beaucoup aidé à comprendre", assure l'Américain.

Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 03.12.05
Tous les participants évoquent la même poussée d'adrénaline dans le feu de l'action, les mêmes frayeurs au moment du contact. "Ces hommes étaient d'une autre épaisseur, assure Martin Lancaster. Ils étaient très forts mentalement. Pour risquer calmement sa peau, avancer droit, en rangs serrés, face à des canons qui vous pointent, il faut un courage hors norme. Je crois qu'à l'époque ils avaient moins le sens de la vie que nous, et beaucoup plus celui de l'honneur."

 

 
Restaient les morts enlacés sur le champ de bataille, sans patrie une fois dépouillés de leur uniforme . "On sent leur présence", assure Martin Lancaster. Les corps étaient enterrés pêle-mêle l'hiver dans des fosses communes, brûlés l'été pour prévenir les contagions. Une cérémonie d'hommage est prévue au monument de la paix, à Austerlitz. "D'une certaine manière, ces conflits ont été les prémices de la construction européenne", estime Xavier Robin. 

Une figure, omniprésente, domine la bataille. Gérard Bourlier estime "difficile de rester insensible à cet homme". Napoléon "était le personnage central, en négatif ou en positif, assure Romain Baulesch. Une telle stature ne peut que polariser les opinions." Mais la plupart des reconstituteurs refusent le culte de la personne. "C'était une époque de géants dominée par un géant parmi les géants. Aux Etats-Unis, nous admirons le militaire, le réformateur des institutions, le self -made-man", estime pourtant Todd Fischer. L'homme dirige la Napoleonic Alliance, une des deux associations américaines — qui regroupent 5 000 membres. "Je ne comprends pas que la France ait mauvaise opinion de ce personnage".

"L'Empereur fascine partout dans le monde", explique le baron de Méneval, président du Souvenir napoléonien, société d'études historiques créée en 1937. Ce descendant d'un premier secrétaire de Napoléon a ses bureaux dans un superbe immeuble de la rue Marceau, à Paris. La moquette vert Empire y est marquée du sigle impérial et la décoration entièrement dédiée. Le Souvenir a bénéficié des largesses d'un mécène, Martial Lapeyre — l'homme qui s'est enrichi dans la fabrication de fenêtres. A sa mort, en 1984, l'entrepreneur a légué à l'association toute sa fortune et sa collection privée, estimées à plus de 100 millions de francs.

Le Souvenir napoléonien est passé en une vingtaine d'années de quelques centaines de membres à 5 000 adhérents, et une demi-douzaine de revues spécialisées se sont lancées en France. "Il s'agit de combler un vide. Le corps enseignant dédaigne cette partie de l'Histoire", assure Guy Lecomte, responsable de La Revue Napoléon. Le succès des ventes aux enchères témoigne de cette vénération. Une lettre de l'Empereur à Joséphine s'est négociée 100 000 euros. Les chapeaux de Napoléon — les vrais comme les faux — se vendent à prix d'or. L'Américain Bill Gates, patron de Microsoft, le Canadien Ben Weider, qui a fait fortune dans les appareils de culturisme, s'arrachent les reliques. "La moitié des milliardaires américains sont fascinés par Napoléon, plaisante Todd Fischer. L'autre moitié ne le connaît pas."

Benoît Hopquin
Article paru dans l'édition du 03.12.05
IL Y A 200 ANS  

Austerlitz célébré à Paris
et en République tchèque


NOUVELOBS.COM | 03.12.05 | 08:55

La victoire de Napoléon sur les armées autrichienne et russe du 2 décembre 1805 fait l’objet d’une reconstitution militaire sur les lieux de la bataille, en République tchèque (photo). A Paris, cérémonie ce soir place Vendôme.

 

  Des passionnés d’histoire approchent du terrain d’Austerlitz, jeudi (AP)
Des passionnés d’histoire approchent du terrain d’Austerlitz, jeudi (AP)
 
N i président de la République, ni Premier ministre : la cérémonie militaire du vendredi 2 décembre à Paris marquant le bicentenaire de la bataille d'Austerlitz se passera des chefs de l’exécutif. Jacques Chirac se rend à Bamako, pour le 23e sommet Afrique-France. Sa présence à la cérémonie du bicentenaire d'Austerlitz n'avait jamais été évoquée.
Dominique de Villepin se rend pour sa part à Amiens. Son entourage précise qu'il n'a "jamais été question d'ajouter cette cérémonie à son agenda".
La célébration marquant le bicentenaire de la bataille remportée par les armées de Napoléon se déroulera sans eux, à partir de 19h30 place Vendôme, en présence d'un bataillon de l'Ecole de Saint-Cyr et des drapeaux et étendards des régiments de l'armée de Terre ayant participé à la bataille en 1805. Le service communication de l’Armée de terre annonce une cérémonie militaire et un spectacle son et lumières.
Cette manifestation accueillera, à l’invitation du chef d'état-major de l'Armée de terre Bernard Thorette, de l'association la Saint-Cyrienne et du Comité Vendôme, des représentants de l'Union européenne, de la Russie et des Etats-Unis.

Des associations d'outre-mer appellent de leur côté à manifester samedi "contre le révisionnisme historique et les commémorations officielles de Napoléon", soulignant qu'il avait rétabli l'esclavage outre-mer, en 1802.

Alliot-Marie sur le terrain

La ministre de la Défense Michèle Alliot-Marie assistera de son côté, en République tchèque, à une cérémonie sur le lieu même de la plus célèbre des victoires de l'empereur.
Les passionnés de stratégie militaire et les nostalgiques de l’Empire se retrouvent en effet vendredi et samedi sur le plateau de Pratzen, dans l’est de la République tchèque, pour revivre la bataille. Egalement appelée bataille des Trois empereurs, Austerlitz marque, le 2 décembre 1805, une des plus grandes victoires stratégiques de Napoléon Ier.
Près de 4.000 soldats volontaires devaient converger sur le terrain de bataille pour une reconstitution historique. Bénévoles et passionnés par les armes, les arts militaires et l'histoire napoléonienne, ces nouveaux hussards, dragons et fantassins sont venus de toute l'Europe et de Russie, mais aussi des Etats-Unis, du Canada et d'Australie.

30.000 spectateurs

Le "chef d'état-major général" Jakub Samek, un Tchèque de 27 ans, supervise la coordination des troupes. "C'est une organisation logistique énorme !", s'enthousiasme-t-il.
Le projet "Austerlitz 2005" nécessite 16.000 portions de nourriture, des milliers de litres de boissons, 1,5 tonne de poudre pour les fusils, 200 kg d'explosif pour les effets pyrotechniques et 9 km de barrières mobiles.
Le tout pour un budget de 15 millions de couronnes. Les 30.000 spectateurs payants attendus financeront ces frais.
Pour la région de Brno, l’anniversaire est une aubaine. L'agence touristique pragoise Euroagentur, en charge de la commercialisation de l'événement, prévoit au total plus de 100.000 visiteurs sur la semaine.
Ces chiffres impressionnants restent pourtant dérisoires à l'aune de la réalité historique.
Le 11 frimaire de l'an XIV, 71.000 soldats de la Grande armée mirent en déroute en moins de six heures les 91.000 hommes des forces russe et autrichienne. La bataille laissa 19.000 morts et blessés du côté des vaincus, 9.000 de l'autre.

Un Napoléon américain

Austerlitz permit à Napoléon de briser la troisième coalition.
Cette bataille est considérée par des experts comme un chef d'œuvre d'art militaire: en effet les forces austro-russes connaissaient le terrain, occupaient les meilleures positions et jouissaient de l'avantage du nombre, et pourtant celui que les Anglais surnommaient "l'ogre corse" mit ses adversaires en déroute par une offensive inattendue.
"Il vous suffira de dire j'étais à la bataille d'Austerlitz pour que l'on vous réponde: "Voilà un brave", s'enflamma Napoléon après la victoire.
C'est un Américain de Virginie qui devait incarner l'homme au tricorne cette année. Mark Schneider se flatte d'avoir le même âge que Napoléon au moment de sa victoire. Il explique qu’il se prépare depuis plusieurs semaines "en lisant des bulletins militaires d'époque".
Jan Dora, président de l'association tchèque qui organise "Austerlitz 2005", raconte que "la sélection des participants et la logistique de la reconstitution ont exigé des mois de préparation".
Au grand dam des puristes, c’est la date du 3 décembre qui a été retenue pour la reconstitution de la bataille. Pour des raisons commerciales, le 2 décembre tombant un vendredi.
 

La nouvelle bataille d'Austerlitz

Par Jean des Cars
[02 décembre 2005]

 

Le «devoir de mémoire» serait-il sélectif ? On peut tristement s'interroger quand on constate que la commémoration de la plus connue des victoires de Napoléon, le 2 décembre 1805, est célébrée aujourd'hui avec une pénible discrétion... Charles-de-Gaulle


représentait la France. Et le 21 octobre, nous avons eu droit à une soirée franco-britannique, sous le double haut patronage de la reine Elsabeth II et du président Chirac. L'Entente cordiale n'en a pas été écornée. Or, sauf erreur, pour les Français, Trafalgar reste un cuisant désastre naval. Et Austerlitz une victoire emblématique, celle qui a consolidé le sacre de 1804 et conduit à la dislocation du Saint Empire romain germanique, ce qui n'est pas rien.Le paradoxe est gênant. L'anniversaire de la bataille de Trafalgar, il y a quelques mois, a été entouré de fastes maritimes spectaculaires : au milieu d'une escadre de la Royal Navy, le porte-avions Officiellement, le triomphe d'il y a deux siècles n'a droit qu'à un ersatz. Une misère. On s'excuse, on a honte ! L'autoflagellation et une sournoise repentance ont encore frappé. Il semble, ces temps-ci, que nos dirigeants préfèrent évoquer des défaites plutôt que des victoires. Or, les souvenirs napoléoniens sont présents dans notre République. Deux exemples : chaque semaine, à l'Elysée, le Conseil des ministres se tient dans le salon Murat. Et notre premier ministre a signé une brillante étude sur «Les Cent-Jours» qu'il eut la délicatesse, rare chez les politiques, d'écrire lui-même ! Que l'on aime ou que l'on déteste l'Empereur, sujet de nouvelles polémiques aussi ridicules qu'insensées, le passé n'est pas falsifiable.


L'erreur est de juger les événements d'il y a deux siècles avec les critères et les obsessions d'aujourd'hui. L'histoire ne se fractionne pas. «Les faits sont têtus», disait Lénine. Quel est le programme officiel ? Ce soir, entre 17 h 30 et 20 heures, la place Vendôme vivra à l'heure impériale sous l'ombre portée de sa haute colonne. La projection d'un film sur grand écran sera suivie d'une prise d'armes avec quatre cents saint-cyriens, en présence du ministre de la Défense et de celui des Anciens Combattants. Pourquoi n'a-t-on pas choisi les Invalides, où repose Napoléon, et le Musée de l'armée ? Premier mystère dans cette bataille du souvenir occulté.


Sans l'initiative du Comité Vendôme et de la Saint-Cyrienne, nous n'aurions droit, à Paris, qu'à une marche funèbre, celle qui accompagne le politiquement correct. Une fois de plus.L'endroit, que toute l'Europe connaît, s'appelle aujourd'hui Slavkov et se trouve en République tchèque, à 8 kilomètres de Brno, anciennement Brunn, et à plus de 200 kilomètres de Prague. S'il y a des Français ce soir sur cette immense plaine vallonnée, on le devra à l'initiative du général Kessler, qui a négocié, avec la Saint-Cyrienne et la Sabretache, un avion militaire spécial pour transporter une centaine de personnes dont plusieurs généraux jusqu'au château d'Austerlitz, magnifique édifice baroque où l'Empereur avait installé son quartier général.


Mais l'organisateur discret, même s'il s'en défend avec élégance, de ce rattrapage est Yves Guéna, ancien ministre, ancien président du Conseil constitutionnel, président de l'Institut de monde arabe et de la Fondation Charles-de-Gaulle. Ce gaulliste viscéral, également historien, s'est étonné de la frilosité des autorités françaises. Sans en être l'organisateur direct, il présidera le dîner, servi dans l'ancienne résidence de la famille Kaunitz, dont était issu l'illustre chancelier de l'impératrice Marie-Thérèse. C'est Yves Guéna qui conduit la nouvelle bataille d'Austerlitz, la plus dure, celle contre l'oubli volontaire. Il se dit très honoré de cette mission inattendue. Or, comme ce républicain le rappelle avec malice, «tout ce qui est national est nôtre», selon le mot d'un prince d'Orléans. La preuve que notre histoire ne saurait être saucissonnée pour choisir les prétendus bons morceaux et rejeter les supposés mauvais.


En revanche, on peut se réjouir, l'honneur sera sauf dès ce soir, dans la nuit glacée d'Austerlitz, à l'endroit même où l'Empereur, par une manoeuvre géniale, profita du brouillard pour faire avancer la Grande Armée, numériquement plus faible et moins bien dotée en artillerie que ses adversaires. Cette attitude est d'autant plus choquante que, sur place, la bataille fait l'objet d'un véritable culte et le site reste protégé comme on défend et honore chez nous les cimetières militaires.

Rien n'a changé, ni le tumulus d'où l'empereur des Français commanda les manoeuvres ni celui d'où les souverains austro-russes subirent leurs défaites. Le silence, solennel, qui y règne n'est pas celui du refus mais du respect. Sur le plateau de Pratzen, l'un des trois sites des engagements, à côté d'un remarquable musée, on peut lire, entre autres : «La gloire est le soleil des morts !»


Chaque 2 décembre, des milliers de gens revêtent les uniformes de l'époque. Cette année et pendant plusieurs jours, ils sont des dizaines de milliers. On a peine à croire que la France occulte ces cérémonies grandioses rappelant une date essentielle de l'histoire européenne d'autant que commémorer ne veut pas dire célébrer.

Cerise sur le gâteau, l'Otan envisage la construction d'un radar, ce qui met en émoi les associations historiques mais prouve que cette puissante organisation militaire rend justice à Napoléon. Après le soleil, le radar d'Austerlitz démontre l'intérêt stratégique de l'événement. La presse étrangère évoque largement cette page d'histoire, notamment l'influent quotidien allemand Frankfurter Allegemeine Zeitung, dans son édition du 26 novembre. On y souligne la peur des Français, qui changèrent le nom de Moravie en «mort à vie» !


Aux dernières nouvelles, Mme Alliot-Marie, notre ministre de la Défense, devrait quitter la place Vendôme pour rejoindre Austerlitz dans la nuit. Elle risque d'y arriver tard, pour une cérémonie qualifiée, bizarrement, de «privée». On pourra toujours nous dire que le 2 décembre peut être commémoré le 3. Ce ne sera pas la première fois que nous devrons remettre les pendules à l'heure.

(*) Ecrivain. Dernier ouvrage paru : Le Roman de Vienne (Editions du Rocher).

Sur le champ de bataille d'Austerlitz: la vraie vie des passionnés de Napoléon
AFP 03.12.2005 - 16:08


"Je ne joue pas, je vis". Comme les 3.500 "reconstitueurs" venus de toute l'Europe pour participer au bicentenaire de la bataille d'Austerlitz, le russe Oleg Sokholov est un passionné d'histoire et un grand admirateur inconditionnel de l'empereur Napoléon 1er.

Sanglé dans son uniforme impérial, sabre à la main, le fondateur du mouvement russe napoléonien dirige d'une voix martiale les manoeuvres de "ses hommes". Près de lui, ses deux aides de camp obéissent à ses ordres avec célérité et respect.

Fantassins, grognards, hussards, cavaliers ou artilleurs... ils sont plus de 3.500 à avoir afflué d'une vingtaine de pays différents dans leurs uniformes français, russe ou autrichien pour participer à la plus grande reconstitution napoléonienne jamais organisée.

Les plus mordus ont dormi sous la tente, malgré le froid coupant, -5° le jour, encore moins la nuit. Les moins riches se sont entassés dans des dortoirs improvisés dans une ancienne caserne militaire abandonnée. Les plus aisés sont descendus dans des hôtels confortables.

Qu'ils viennent d'Espagne, d'Autriche, d'Angleterre, de Belgique, de France ou de Russie, ils appartiennent tous à des associations napoléoniennes structurées, se connaissent, échangent des informations, polémiquent sur les détails historiques et comparent la qualité de leurs uniformes.

"Ce bonnet à poil m'a coûté 1.000 euros", soupire José, un Madrilène d'une trentaine d'années qui a traversé l'Europe en bus avec une vingtaine de compatriotes pour venir sur le plateau de Pratzen, à l'est de la république tchèque.

"Tout est cher, les costumes, les galons, les insignes, les armes, plus le grade est haut, plus l'habit est coûteux. S'habiller en général comme Oleg Sokholov est hors de prix", souligne Florence Casanova, une étudiante française de 20 ans en robe d'époque et bonnet de dentelle, qui rêve de devenir "costumière".


Un groupe de Tchèques, très élégants dans leurs grands manteaux blancs de l'armée autrichienne se flattent d'avoir "cousu leurs uniformes eux-mêmes". "C'est aussi notre histoire qui se joue ici", souligne l'un deux, un professeur d'université de Brno, en se réchauffant les mains à la chaleur du feu de camp dans la cour du relais de la Vieille Poste.

Oleg Sokholov, lui, "joue toujours un général français" dans les reconstitutions qui rythment la vie des sociétés napoléoniennes. A Austerlitz, c'est lui qui va diriger toutes les troupes françaises. Pour lui, à chaque fois, "c'est un jeu très sérieux dont le but est de revivre l'histoire".

Et confondre les unités de "reconstitueurs" avec des groupes de folklore ou des "figurants" déchaine immédiatement les foudres les plus virulentes.

"On respecte l'uniforme et la règlementation, c'est comme un musée vivant", explique Oleg Sokholov qui a fondé, à 19 ans, le mouvement russe napoléonien parce que "cette époque incarne l'énergie, la joie de vivre, la discipline et la gloire".

"Droite, gauche, en avant, marche". Les soldats obéissent à ses consignes au doigt et à l'oeil.

"Ils mangent, ils pensent, ils dorment Napoléon", souligne Michel Lefevre, un Toulousain qui sert de "photographe officiel" à une unité venue du Sud-Ouest de la France.

Leurs motivations sont très différentes: "l'amour du jeu ou de l'histoire, les copains, les bons moments passés à picoler ensemble, le désir de s'évader d'une vie grise", énumère l'aide de camp du général avant de retourner dare-dare aux "manoeuvres" en cours.

Ses hommes sont russes, ukrainiens, polonais, mais aussi français et belges. C'est un Américain de Virginie (Etats-Unis), Mark Schneider qui jouera le rôle de Napoléon, ce qui laisse mi-figue mi-raisin les inconditionnels de l'empereur.

Quel que soit leur pays d'origine, les participants appartiennent à des associations historiques très soucieuses d'exactitude, que ce soit pour les armes, les uniformes ou les galons qui ornent leurs bonnets à poils et leurs tricornes.

 

Edition du 04 Décembre 2005

 
Ce jour à Austerlitz où l'Empereur cherchait un portable
Alors l'Empereur s'approcha de moi et me dit... Ciel, qu'allait-il me dire ? Qu'il m'avait vu à Marengo, à la bataille d'Ulm ? Non, l'Empereur me dit, avec un robuste accent de Virginie : « Avez-vous un téléphone portable ? ».